Embarquez avec les Voiles Bleues pour la Planète

Cette année encore, l’association Voiles Bleues pour la Planète s’inscrit dans la chaîne de soutien du personnel des armées, en développant des activités à destination des blessés victimes de guerre et leur famille. Fin juin, le bateau « Résilience » de l’association s’est élancé dans une course, avec à son bord François Vuillemin, blessé de l’armée de terre et le commandant Henri Duval. François Vuillemin nous raconte son aventure

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle François Vuillemin, j’ai 45 ans, marié et père de trois enfants. J’ai grandi à Villersexel, un village de la Haute-Saône, jusqu’à mon engagement dans l’armée. Aujourd’hui, je réside à Seyssins, commune située près de Grenoble. 

Je me suis engagé en 1997 au sein de la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne, à Varces. J’ai occupé plusieurs postes dans une unité d'artillerie. D’opérateur topographe à radiotélégraphiste, en passant par l’équipe de préparations des tirs d’artillerie, ou encore chef de poste réseaux mobile. Je suis passé par le bureau opération instruction, l’état-major du régiment puis une année à l’état-major de la base de défense, à Varces. Une carrière riche et fructueuse, tant sur le plan humain que professionnel.

J’ai parcouru le monde dans différentes missions :

En Guyane, de mars à juin 1999

J'ai surveillé et assisté au décollage de la fusée Ariane IV, en 1999. J’ai également passé un mois dans un village amérindien, à Camopi, sur la rive gauche de l’Oyapock, fleuve frontalier avec le Brésil.

À Djibouti, de 2000 à 2007

En Polynésie Française, de septembre 2001 à janvier 2002 
(Nous avons atterrit la veille des attentats du 11 septembre 2001, aux États-Unis.) 
J’ai eu la chance de pouvoir découvrir les Îles Cook, petit état associé à la Nouvelle Zélande, lors d’une petite mission avec la marine.

À Mayotte, de mai à septembre 2004 
J’ai passé 45 jours sur les Îles Glorieuses, archipel inhabité formé sur un attol, situé dans l’océan Indien, entre Madagascar et l'archipel des Comores. 

Au cours de ma carrière, je suis intervenu sur différents théâtres d’opérations notamment au Liban (en 2003), au Tchad (d’octobre 2005 à février 2006) et en Afghanistan pour deux missions : un premier mandat d’octobre 2009 à avril 2010, puis un second de septembre 2011 à février 2012.

Des missions qui ont marqué ma carrière et qui ont été décisives pour la suite de mon parcours.

Pouvez-vous nous parler de votre blessure ?

Tout a basculé le 20 janvier 2012, le groupe OMLT (Operational Mentoring Liason Team) dont je faisais partie a subi une terrible attaque pendant une séance de sport collective. Un soldat de l’armée nationale afghane que nous formions, armé d’un fusil mitrailleur, a retourné son arme. En résulte le décès de cinq camarades et de treize blessés. La fin de mission approchait et sur ce groupe de 34 soldats, nous n’étions plus que 16 pour terminer cette mission et surtout rentrer. Cette mission sera la dernière pour moi, la blessure m’empêchera de repartir. Je raconte mon histoire dans « Massacre de Gwan, dix ans après. Des talibans au pouvoir. Un tueur libéré. » de Audrey Ferraro)

Que représente pour vous cet événement ?

J’ai pu participer à plusieurs rencontres sportives au profit des blessés : en Italie, mais aussi aux États-Unis, au « Marine Corps Trials ». Cette course est donc un nouveau défi dans mon parcours de reconstruction. J’ai déjà participé à des sorties en mer, en journée avec des voiliers, mais ce format de course est différent et nouveau pour moi. Cela m’a permis de mettre à profit toute la confiance accumulée lors des différentes étapes et de me surpasser une nouvelle fois.

Le but était aussi de pouvoir partager cette expérience pour aider des frères d’armes, mais aussi des personnes qui ont connu une blessure physique ou psychique, un drame, un accident de la vie à "renaître", en se lançant un défi sportif. Cela nous montre l’importance du sport pour combattre les traumatismes et surmonter des épreuves. 

Dans cette course, quel a été votre objectif ?

Me prouver à moi-même que j’étais capable de partir pour cette aventure, ce voyage, mais surtout cette course. J’ai mobilisé des compétences et des outils inédits. J’ai profité de cette expérience en mer en sachant que j’étais capable de faire face aux défis qui se présentaient.

Quels ont été les moments les plus attendus de cette course ? Et ceux que vous redoutiez le plus ?

Le moment le plus attendu concernait ma capacité d’adaptation afin de tenir mon poste, quelle que soit la situation, de braver l’inattendu et de gérer ces situations. En étant en mer, je me suis dit que j’allais pouvoir profiter d’un coucher de soleil et bien non, les nuages l’ont empêché. En revanche, j’ai eu la chance de pouvoir naviguer en compagnie des dauphins ! Ils sont venus nous rendre visite au 2e jour de course nous offrant cette fois-ci un joli spectacle. Longer la côte bretonne puis la côte normande, quel souvenir incroyable ! 

Ce que l’on peut redouter le plus c’est pétole* et quand il y a pétole, en mer, c'est qu'il n'y a pas un souffle de vent, la mer est d’huile, nous n’avançons pas d’un pouce et nous ne pouvons plus reculer avec la force des courants. 

Selon vous, quelles sont les compétences requises pour naviguer ? 

Je n’ai pas encore toute l’expérience d’un navigateur mais la communication est importante avec son équipier pour favoriser un environnement de travail harmonieux et contribuer à l'efficacité de l’équipe. Il faut connaitre le vent et l’état de la mer pour préparer et anticiper une navigation selon ces éléments, sans oublier les marées et la météo. Il faut bien comprendre ce qu’il se passe sous l’eau, sur l’eau et dans les airs.
Ces connaissances permettent de manœuvrer son voilier en toute sécurité, de naviguer en toute sérénité, mais aussi de manière précise et efficace. 
Pour moi, avoir des bases théoriques solides en navigation est essentiel pour naviguer en toute sécurité, avec précision et confiance, tout en facilitant la communication et le développement de nos compétences. Ces connaissances ont été un atout précieux pour profiter pleinement de cette expérience en mer.

Comment s'est déroulée la cohabitation avec le Commandant Henri ?  

J’ai eu la chance de rencontrer Henri en septembre 2022. Une personne extraordinaire qui m’a accueilli sur son voilier avec bienveillance. Il a tout mis en œuvre pour me mettre dans cette superbe ambiance de la classe mini lors de mon arrivée à Douarnenez.
Il a réussi à bâtir une relation de confiance en m’accompagnant, en me conseillant et cela va m’aider aussi à surmonter des obstacles du quotidien. La gentillesse et la bienveillance règnent autour de nous. Henri a réalisé une course où je me suis senti en sécurité tout le long de ce voyage maritime.

Que retenez-vous de cette expérience ?

La navigation en voilier est une expérience incroyable. Elle est synonyme de liberté et de plaisir. Je suis complètement sous le charme de cette passion, cette envie de répondre à l’appel du large, de se déconnecter, de profiter, être et vivre cet instant, de se sentir libre. Il ne faut pas oublier que le corps est sans cesse mis à rude épreuve, il est « agressé ». Il faut gérer et lutter contre la fatigue, contre les vagues, se protéger de la chaleur, de la fraicheur mais aussi du froid.

Je finirai sur l’évocation de deux poèmes.                                                                                  
Le premier « L’homme et la mer » de Charles Baudelaire qui débute par "Homme libre, toujours tu chériras la mer !" En lisant ce poème qui est très puissant, j’ai vraiment pris conscience de l’immensité de la mer qui arrive à nous prendre tout entier. Elle nous entoure et nous embrasse. Nous naviguons sur elle et nous nous sentons libre, « ces moments ont le pouvoir de nous faire oublier le reste et d’être dans l’instant présent » comme me l’a dit Guillaume, un ami.
Le deuxième « Les voiles » de Lamartine où une impression de douceur et de légèreté se dégage dès la première strophe.                                                                                            
Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.                                                            
Lamartine compose ce poème lorsqu’il est en voyage à Ischia, une île italienne située en mer Tyrrhénienne, au nord du golfe de Naples, dans le groupe des Îles Phlégréennes.

Un lien aussi avec mon parcours de reconstruction, où j’ai été invité à Naples lors d’une course à pied de 24h, organisée par les forces françaises de l’OTAN, où j’ai pu visiter Procida. 

Je remercie les partenaires de cette aventure ainsi que le commandant Henri. Je suis profondément reconnaissant pour ce qu’il a fait pour moi. C’est une personne exceptionnelle avec un cœur énorme de générosité. 

Aujourd’hui, j’ai été particulièrement heureux et fier de participer à cette première course de la Calvados Cup sur son voilier « Résilience » qui porte bien son nom. 

*Absence de vent pour les marins.

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