Les actions des villes en faveur de la biodiversité

Alors que nous vivons partout une érosion majeure de la biodiversité, comment préserver et favoriser la biodiversité dans nos villes ? De nombreuses agglomérations se penchent sur le sujet et recréent des espaces de biodiversité au milieu des rues et des immeubles. Pour encourager et soutenir les collectivités locales dans cette démarche, le gouvernement a mis en place une dotation pour la protection de la biodiversité en 2019, avec une enveloppe budgétaire doublée pour 2022. Quelles sont les actions mises en place par les collectivités ? A qui bénéficie cette dotation et quels projets a-t-elle permis de mettre en place ?

Plan biodiversité : La lutte contre l’artificialisation des sols

Les collectivités ont un rôle à jouer pour favoriser la biodiversité sur leur territoire. L’État les accompagne en ce sens via différents dispositifs financiers comme la dotation Natura 2000. Tandis que l’artificialisation des sols n’a eu de cesse de progresser (les surfaces urbanisées ont plus que doublé depuis 1993), au détriment le plus souvent des espaces agricoles, la biodiversité a dans le même temps reculé. Une des causes de cette érosion importante se situe dans la destruction de l’habitat des espèces et des écosystèmes qui les abritent. On pense à la disparition des haies suite au remembrement (redistribution des parcelles agricoles) des années 60 et 80. À ce jour, 15 millions d’hectares ont été remembrés en France, supprimant près de 750 000 km de haies vives. À ce titre, le gouvernement a lancé un objectif “zéro artificialisation nette” dans son plan Biodiversité en 2018 pour repenser l’aménagement urbain et renaturer les espaces artificialisés laissés à l’abandon. Il existe également une initiative lancée par le Ministère de la Transition écologique intitulée “Territoires engagés pour la nature” : elle vise à “faire émerger, reconnaître et valoriser des plans d’action en faveur de la biodiversité portée par des collectivités locales.” 

La dotation pour la protection de la biodiversité :

Créée en 2019 dans la Loi de finances, puis réformée en 2020, la dotation “Natura 2000” a été étendue en 2022 avec une enveloppe financière de 24,3 millions d’euros, devenant une “dotation de soutien pour la protection de la biodiversité et pour la valorisation des aménités rurales.” Il s’agit pour l’Etat de protéger les espaces naturels existants, comme les zones Natura 2000. Le réseau Natura 2000 est “un réseau européen de sites naturels destinés à protéger des espaces et des habitats remarquables”, en y maintenant dans le même temps des activités socio-économiques. Cette dotation s’adresse aux communes dont une part importante du territoire est classée en site « Natura 2000 » ou comprise dans un cœur de parc national ou au sein d’un parc naturel marin ou classée dans un parc naturel régional. Seules les communes de moins de 10 000 habitants, peu denses ou très peu denses (selon l’INSEE) sont éligibles à cette dotation, qui privilégie donc la biodiversité dans les espaces ruraux. La réforme de cette dotation a pour but de soutenir la production d’aménités rurales par les collectivités territoriales et le verdissement des concours financiers de l’Etat. Les aménités rurales représentent les services non marchands rendus par l’espace rural comme l’eau, la biodiversité, l’alimentation, l’énergie, les paysages, etc.

 Un levier concret pour des projets :

Ce dispositif bénéficie principalement à de petites communes rurales comme en Lozère, où 64 communes sur 152 ont bénéficié de cette aide, d’un montant total de 550 000 euros. La ville de Florac-Trois-Rivières a mené des actions autour d’un atlas de la biodiversité en partenariat avec le Parc National des Cévennes. Ce dispositif “doit permettre en deux ans de partager et améliorer la connaissance du patrimoine naturel communal, ses richesses, ses enjeux et de construire collectivement des pistes d’actions locales pour préserver et valoriser ce patrimoine.” Il s’agit d’une démarche participative portée par la commune, avec le soutien de l’Agence française pour la biodiversité. Les citoyens peuvent contribuer et proposer des actions. Des balades et des inventaires sont organisés pour découvrir la nature sous tous ses aspects.

En Normandie, ce sont 108 communes du Parc naturel régional Normandie-Maine qui vont pouvoir bénéficier de cette dotation, avec des montants compris entre 1000 et 8490 euros. Sept communes du territoire vont en outre bénéficier de la dotation Natura 2000 jusqu’à 16 000 euros.

La biodiversité, présente également en agglomération :

Exclues de ce dispositif par leur taille, de nombreuses agglomérations mettent en place des projets de végétalisation et de création d’espaces favorisant le retour des oiseaux et des insectes : permis de végétaliser à Paris, débitumisation des cours de récréation à Lille, installation de ruches, aménagement de parcs… C’est le cas de Strasbourg qui a lancé la charte “Tous unis pour plus de biodiversité” avec des signataires privés et publics s’engageant à favoriser la biodiversité du territoire au travers d’actions comme la création d’espaces verts. La ville est par ailleurs depuis 2007 engagée dans une démarche Zéro pesticide. Tous ces projets menés pour favoriser la biodiversité et éviter son érosion ont aussi des impacts directs sur la population et son bien-être. La végétalisation permet aussi de rendre la ville plus résiliente face aux fortes chaleurs accentuées par le dérèglement climatique.

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La biodiversité : un enjeu vital

Nous vivons actuellement une 6e extinction de masse des espèces, en France comme à l’échelle mondiale : 68 % des vertébrés ont disparu entre 1970 et 2016, 40% des insectes sont en déclin, 30% des oiseaux des champs ont déjà disparu en France en 15 ans, 38% des chauves-souris... La destruction des habitats (haies, zones humides, forêts) est une des causes de cette érosion. Préserver les parcs régionaux, les zones protégées mais aussi recréer des écosystèmes est un enjeu vital, à la fois pour la biodiversité mais aussi pour l’être humain. Villes comme villages peuvent toutes à leur échelle œuvrer pour maintenir cette biodiversité, la favoriser voire la développer tout en sensibilisant les citoyens à sa préservation. C’est en ce sens que l’État prend toute sa part dans l’accompagnement des collectivités.

 

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